LES PME AU SENEGAL |
INTRODUCTIONPendant très longtemps, la définition du concept de PME a été sans doute à l’origine de beaucoup de controverses. Les analystes les plus avertis ont eu du mal à s’entendre sur une même définition. L’on s’aperçoit que la taille d’une entreprise est une grandeur relative.
Les petites et moyennes entreprises regroupent diverses réalités qu’on parvient difficilement à lier à une définition, néanmoins leurs manifestations concrètes peuvent être aisément identifiées dans un cadre géographique bien déterminé.
Aujourd’hui, l’adoption de la Charte des PME au Sénégal vient régler définitivement ce problème qui empêchait de circonscrire cette catégorie d’entreprises dans un cadre précis, facilement maîtrisable et favorisant leur promotion et par conséquent leur développement.
Ainsi, le concept de PME englobe d’une part, la petite entreprise qui inclut la micro entreprise et la très petite entreprise et d’autre part, la moyenne entreprise. La PME se définit par rapport aux quatre critères suivants :Au Sénégal, les PME ont certes des atouts considérables mais elles sont confrontées à des difficultés énormes leur empêchant de jouer véritablement leur rôle dans le développement économique et social du pays.
- l’effectif ;
- le chiffre d’affaires annuel hors taxes ;
- la transparence dans la tenue de la comptabilité ;
- l’investissement net.
Cependant, les structures et les outils mis en place par les pouvoirs publics en partenariat avec le secteur privé et les partenaires au développement promettent un avenir radieux aux petites et moyennes entreprises.
LES FORCESAu Sénégal, les PME, du point de vue de leur importance numérique, constituent la base du tissu économique. Elles représentent 80 à 90% du tissu industriel.
Dans ce pays, les petites et moyennes entreprises représentent non seulement le support sur lequel s’appuie toute croissance économique mais un levier puissant du secteur privé qui a un impact considérable sur le développement.
Les PME, de par leur nombre, ont connu, au cours de ces dix dernières années une croissance remarquable. Dans cette catégorie, c’est d’ailleurs le tissu des micro et petites entreprises qui s’est le plus densifié.
Celles-ci évoluent pour la plupart dans le secteur dit informel marqué par un dynamisme reconnu et occupant 60% de la population en âge et en état de travailler.
Du point de vue social, les PME jouent un rôle essentiel assurant une certaine cohésion. En raison de la limitation des recrutements dans la Fonction publique et de la capacité d’embauche restreinte du secteur privé moderne, les PME sont des sources de création d’emplois inestimables.
Les petites et moyennes entreprises occupent l’essentiel des secteurs dit porteurs qui mobilisent un nombre impressionnant de promoteurs avec des projets viables. Il s’agit, entre autres, de l’agro-industrie, du tourisme, de la pêche, des nouvelles technologies de l’information et de la communication, des services, des bâtiments et travaux publics.
Dans le contexte actuel, marqué par la mondialisation donnant naissance à de nouveaux cadres d’intégration et d’orientation à l’instar de l’UEMOA et du NEPAD, les PME représentent un facteur clé de positionnement de notre pays sur le plan international.
Paradoxalement, les PME ne jouent véritablement pas leur rôle dans le processus de la croissance au Sénégal.
LES FAIBLESSESMalgré leur importance numérique, les petites et moyennes entreprises sont marquées par la faiblesse de leur valeur ajoutée industrielle. Elles n’ont pas un impact considérable sur le PIB. On se rend compte que cette catégorie d’entreprises ne contribuent qu’à 30% des emplois, 25% du chiffre d’affaires et 20% de la valeur ajoutée nationale.
En outre, les PME sont confrontées à des besoins énormes en matière d’équipements technologiques. Leur process à caractère artisanal ne leur permet pas d’améliorer leur production. La démarche qualité, indispensable à la compétitivité, est de ce point de vue quasi-inexistante.
Les dirigeants des petites et moyennes entreprises manquent souvent de formation appropriée et de compétences managériales et techniques. Cette situation s’explique par l’inefficacité du système d’éducation de base par rapport aux exigences du secteur privé.
Le secteur informel qui attire un nombre important de PME représente un poids énorme dans le tissu économique. Ce secteur non structurée, bien que dynamique, n’offre pas les garanties d’un développement soutenu.
Les petites et moyennes entreprises rencontrent des difficultés énormes d’accès aux marchés du fait de la qualité inférieure de leurs produits, de l’emballage, des problèmes de logistique et de marketing.
Les PME sont également confrontées à un problème de financement et d’accès au crédit. Elles ne peuvent que rarement et marginalement compter sur le système bancaire pour leur expansion. Les banques sénégalaises n’acceptent pratiquement que des crédits à court terme.
Toutefois, la rationalisation des structures d’appui et la mise en place d’un environnement réglementaire, juridique et fiscal favorable constituent un gage à la promotion des PME et à leur développement.
LES PERSPECTIVESIl existe divers projets et programmes liés au développement des PME, mais il est nécessaire de considérer certaines activités et certains secteurs qui peuvent sans doute contribuer considérablement à accélérer la croissance et la compétitivité de l’économie sénégalaise.
Mais du fait de l’absence de produits de conseils adaptés aux PME, les tarifs proposés par les consultants sont exorbitants. C’est ainsi qu’ au niveau de l’ADEPME une démarche filière a été adoptée. Elle consiste à offrir à un noyau de PME ayant les mêmes besoins un package de services. Ce programme a d’ailleurs démarré avec la branche qui concerne la transformation des produits locaux.
La nécessité s’est fait sentir de créer un cadre juridique et réglementaire basé sur un certain nombres de principes consensuels qui permettent aux PME de jouer véritablement leur rôle mais aussi à l’Etat de disposer d’une organisation forte pour les soutenir à plusieurs niveaux.
L’adoption de la charte des PME qui va évoluer vers une loi d’orientation arrive ainsi à son heure.
La charte des PME est le moyen par lequel les petites et moyennes entreprises se voient désormais accorder 30% des marchés publics. Il est prévu de créer dans chaque administration un comité chargé de définir les marchés devant être octroyés aux PME.
Pour régler la question foncière, la charte dispose qu’un nombre précis de terrains sera prioritairement réservé aux PME adhérantes.
L’ Etat s’engage aussi à créer des pépinières d’entreprises et des incubateurs par secteur.
Afin d’alléger les difficultés financières, l’Etat va accélérer les procédures de paiement des sommes dues par le Trésor public. La Cellule de suivi peut être saisi pour diligenter les paiements en cas de retard. Mieux, les entreprises ayant souscrit au capital d’une PME en difficulté pourront bénéficier de déductions d’impôts.
Pour régler la question du financement, un Fonds de garantie, alimenté de commissions mais aussi de dotations budgétaires, pouvant assurer jusqu’ à 75% des prêts accordés par les banques aux PME sera mis en place.
Le Gouvernement s’engage à créer des organismes de capital-risque et de nouveaux produits comme les organismes de placement collectifs en valeurs mobilières qui bénéficieront d’avantages fiscaux. Des prêts à des jeunes entrepreneurs ou à des entreprises innovantes sont aussi envisagés.
En outre, pour encourager les délocalisations dans les régions, des fonds d’aménagement régionaux seront créés. Une prime d’aménagement et d’installation financée par l’Etat et la collectivité locale sera instituée. La charte prévoit aussi des fonds d’aide à l’exportation pour les entreprises exportatrices.
Le dispositif est assez incitatif pour susciter des vocations d’entrepreneurs.
Par ailleurs, la réforme fiscale adoptée constitue également un moyen d’alléger les procédures lentes et qui découragent les promoteurs soucieux de se formaliser.
L’ impôt synthétique est en adéquation, en termes de compréhension et de pratique avec les capacités des petites unités économiques. Il réunit six impôts : l’impôt sur le revenu (ISR), l’impôt du minimum fiscal, la contribution des patentes, la contribution des licences, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la contribution forfaitaire à la charge des employeurs.
Parmi les contraintes au développement des PME, on pouvait encore noter l’inadaptation du système d’assistance conseil. C’est ainsi qu’un dispositif institutionnel a été mis en place avec la création de l’Agence de Développement et d’Encadrement des Petites et Moyennes Entreprises (ADEPME), en cohérence avec la stratégie de développement du secteur privé.
Par ailleurs, la mise en œuvre du DSRP (Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté) réserve une place de choix aux PME. Le Ministère des PME et du Commerce devenu Ministère des PME, de l’Entreprenariat Féminin et de la Micro Finance, dans l’élaboration de son plan d’opérations sectoriel, a pour objectifs de développer le commerce intérieur et international et d’appuyer et accompagner le développement des PME en levant toutes les contraintes liées à leur environnement.
CONCLUSIONLes PME, bien qu’elles constituent la base du tissu économique au Sénégal et un facteur essentiel de cohésion sociale, sont confrontées à des problèmes tels qu’ elles ne sont pas en mesure de jouer pleinement leur rôle en tant que moteur de la croissance.
La problématique du développement des PME est dominée par la trilogie « organisation, financement et compétitivité ».
Dès lors, la rationalisation du dispositif d’appui pour la densification du tissu des petites et moyennes entreprises et le renforcement de leurs capacités est au centre de la politique d’encadrement des PME.
C’est ainsi que la création de l’ Agence de Développement et d’Encadrement des Petites et Moyennes Entreprises, l’ adoption de la charte des PME et la réforme fiscale constituent autant de mesures prises par les autorités politiques, en partenariat avec les opérateurs, les institutions représentatives des PME et les partenaires au développement, pour rendre les PME compétitives aux niveaux sous-régional, régional et mondial.